Des milliers de Gilets jaunes ont de nouveau foulé l’asphalte ce samedi, bien décidés à ne pas laisser retomber la pression sur Emmanuel Macron. Si les opinions divergent sur la direction à donner au mouvement, la colère, elle, ne faiblit pas. Paris, Place de la Bastille : la tension monte d’un cran. Gaz lacrymogènes, canons à eau, la police tente de disperser la foule, alors que des pierres volent depuis un chantier voisin. En marge, les forces de l’ordre procèdent à 223 interpellations, rien qu’à Paris.
La manifestation des Gilets Jaunes se poursuit
Après onze semaines de mobilisation, le mouvement tient bon. À 14h, le ministère de l’Intérieur avance le chiffre de 22 000 manifestants à travers la France, en baisse par rapport aux 27 000 recensés le samedi précédent à la même heure. À Paris, le contraste est encore plus marqué : 2 500 personnes recensées, contre 7 000 une semaine plus tôt.
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La contestation ne se limite pas à la capitale. À Montpellier, des affrontements éclatent également. Un policier est blessé par un engin pyrotechnique, selon la préfecture. Les blessures et les tensions s’accumulent, semaine après semaine.
Sur les Champs-Élysées, les slogans fusent. Pour beaucoup, le grand débat national lancé par le président n’est qu’une diversion, destinée à masquer des choix jugés favorables aux intérêts des entreprises. Les revendications s’échelonnent de la gauche radicale à la défense d’une classe moyenne en mal d’écoute. Les demandes, elles, sont précises :
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- Rétablissement de l’impôt sur la fortune
- Référendums d’initiative citoyenne sur des sujets allant de la sortie de l’euro à la réécriture de la Constitution
La lassitude est palpable, mais la détermination aussi. Mervyn Ramsamy, employé hospitalier du nord de Paris, résume l’état d’esprit : « Nous sommes oubliés ». Il évoque la fermeture de maternités et la disparition de services médicaux dans des quartiers déjà fragilisés. Abandonner ? Hors de question.
Jusqu’où le mouvement tiendra-t-il ? La question reste entière. Emmanuel Macron a déjà reculé sur la hausse des taxes sur les carburants, à l’origine de la mobilisation. Il a aussi élargi les baisses d’impôts, face à la violence qui avait marqué un tournant en décembre. Mais pour nombre de Gilets jaunes, le compte n’y est pas.
Nicole, aide-soignante de 52 ans, refuse de baisser les bras : « Avec 1 200 euros par mois, je ne tiens même pas jusqu’au 15. Dès le 6, c’est terminé. Je ne m’en sors plus. Rien ne change, alors je continue de venir », glisse-t-elle, le gilet jaune bien en vue sur les Champs-Élysées.
Cette semaine, une partie du mouvement a décidé de présenter une liste aux élections européennes. Mais le projet ne fait pas l’unanimité chez les organisateurs, qui peinent à trouver une direction commune.
D’autres voix, cette fois opposées, s’invitent dans le débat. Les « Foulards Rouges » s’apprêtent à défiler le lendemain pour dénoncer les violences qui ont émaillé certaines manifestations récentes.
Face à la méfiance, les forces de l’ordre innovent : pour la première fois, des policiers équipés de LBD (lanceurs de balles de défense) porteront des caméras-piéton. Objectif : documenter en images chaque tir, fournir un contexte précis en cas de contestation.
La mobilisation ne se limite pas aux grandes villes : chaque samedi, des groupes de Gilets jaunes se retrouvent sur des ronds-points, près des postes de péage, pour ralentir la circulation et témoigner d’un sentiment d’abandon face au pouvoir central.
Tout a commencé le 17 novembre, avec ces gilets fluorescents que chaque automobiliste français doit garder dans son véhicule. Depuis, la lumière jaune n’a jamais cessé de clignoter sur les routes et dans les esprits.
Rien ne dit combien de temps cette lueur résistera à l’usure, ni jusqu’où elle portera. Mais ce samedi encore, elle a rallumé le débat sur ce que la France attend vraiment de ceux qui la gouvernent.

