On rédige un mail professionnel, on tape « des allers retours » et le doute s’installe. Faut-il un trait d’union ? Un seul « s » ou deux ? L’expression « aller-retour » piège régulièrement, y compris des rédacteurs expérimentés, parce qu’elle cumule deux difficultés : le pluriel d’un nom composé et la question du trait d’union.
Aller-retour au pluriel : pourquoi on hésite sur l’orthographe
Le problème vient de la nature grammaticale des deux éléments. « Aller » peut être un verbe à l’infinitif ou un nom. « Retour » est un nom. Quand on écrit « des aller-retour », on traite « aller » comme un infinitif, donc invariable. Quand on écrit « des allers-retours », on considère les deux mots comme des noms.
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La règle du pluriel des noms composés en français est pourtant limpide sur ce point : un verbe ou un adverbe reste invariable, un nom prend la marque du pluriel. Dans « aller-retour », les deux éléments fonctionnent comme des noms (un aller, un retour). On met donc un « s » aux deux.
La graphie recommandée est des allers-retours, avec deux « s » et un trait d’union.
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Trait d’union dans aller-retour : obligatoire ou facultatif
Le trait d’union n’est pas décoratif. Il signale que les deux mots forment une unité de sens, un nom composé figé. Sans lui, « aller retour » ressemble à deux mots juxtaposés sans lien grammatical explicite.

En rédaction professionnelle, l’absence de trait d’union est considérée comme une faute. Les correcteurs automatiques récents, notamment Antidote, signalent systématiquement « aller retour » sans trait d’union comme une erreur.
La règle tient en une phrase : le trait d’union est toujours obligatoire, au singulier comme au pluriel. On écrit « un aller-retour », « des allers-retours ».
Aller-retour utilisé comme adjectif : la seule exception à retenir
On a dit que les deux éléments prennent le pluriel. Il existe un cas où cette règle ne s’applique pas : quand « aller-retour » est apposé à un autre nom, en position d’adjectif.
- « Des billets aller-retour » : ici, « aller-retour » qualifie « billets ». Il ne désigne pas la chose elle-même, il la caractérise. L’usage dominant le laisse invariable.
- « J’ai fait trois allers-retours entre la gare et l’hôtel » : ici, « allers-retours » est le nom principal de la phrase, il prend le pluriel sur les deux éléments.
- « Des trajets aller-retour » : même logique que pour « billets », le composé reste invariable parce qu’il fonctionne comme un adjectif.
Ce point fait débat entre linguistes. Certains mettent le pluriel même en position d’adjectif. Dans le doute, garder « aller-retour » invariable quand il est apposé à un nom reste le choix le plus sûr en français professionnel.
Erreurs fréquentes en rédaction et comment les éviter
En relisant des textes, on tombe souvent sur les mêmes variantes fautives. Voici les formes incorrectes les plus courantes et ce qui les produit :
- « Des aller-retours » (un seul « s » sur le second mot) : on a traité « aller » comme un verbe à l’infinitif. C’est cohérent en apparence, mais les dictionnaires et les guides de rédaction administratifs francophones recommandent le double pluriel.
- « Des allers retours » (sans trait d’union) : oubli pur et simple du trait d’union. Les correcteurs automatiques le détectent, mais pas toujours dans un document PDF ou une image.
- « Des aller retour » (ni trait d’union, ni pluriel) : cumul des deux erreurs. On le rencontre dans des échanges informels, mais c’est la forme la plus éloignée de la norme.
Un réflexe simple pour ne plus hésiter : se demander si on dirait « des retours » au pluriel. La réponse est oui. Alors on écrit aussi « des allers ».

Rectifications de 1990 et outils de correction : ce qui a changé
Les rectifications orthographiques de 1990, validées par l’Académie française et publiées au Journal officiel, ont simplifié le pluriel de nombreux noms composés. On pourrait s’attendre à ce qu’elles aient modifié la règle pour « aller-retour ».
Ce n’est pas le cas. La réforme de 1990 ne change rien au pluriel d’aller-retour. La forme « des allers-retours » était déjà la norme avant la réforme, et elle le reste après.
Ce qui a changé en revanche, c’est la convergence des outils numériques. Les mises à jour récentes d’Antidote et les recommandations de l’Office québécois de la langue française indiquent « allers-retours » comme forme par défaut. La forme « aller-retour » au pluriel (sans « s » sur « aller ») est signalée comme tolérée mais non recommandée. Pour la rédaction professionnelle, administrative ou journalistique, le standard est désormais clair et partagé par les principaux correcteurs.
Récapitulatif des formes correctes d’aller-retour
| Contexte | Forme correcte | Exemple |
|---|---|---|
| Singulier | un aller-retour | J’ai pris un aller-retour pour Lyon. |
| Pluriel (nom) | des allers-retours | Elle a fait plusieurs allers-retours. |
| Pluriel (adjectif apposé) | des billets aller-retour | Nous avons réservé deux billets aller-retour. |
Le piège d’« aller-retour » repose sur une seule ambiguïté : la nature grammaticale d’« aller ». Dès qu’on le reconnaît comme un nom (et non un verbe), le pluriel et le trait d’union coulent de source. En cas de doute lors d’une relecture, le tableau ci-dessus couvre la totalité des situations courantes en français écrit.

