Quand vous avez passé toute la journée à travailler, le soir, vous voulez juste vous asseoir et vous mettre devant Netflix, non ? La dernière chose que vous avez envie de faire est de pousser encore plus vos muscles créatifs. Mais en fait, adopter un passe-temps créatif peut être une façon merveilleusement énergisante de recharger vos batteries et de raviver votre imagination, et peut même vous rendre meilleur dans votre travail quotidien. Dans cet article, nous avons parlé à huit créatifs sur la façon dont leurs passe-temps les enrichissent et les enthousiasment. Nous avons recueilli leurs conseils et astuces pour tous ceux qui souhaitent faire de même.
01. Le LEGO
Trop de visioconférences, de notifications qui font vibrer le téléphone sur la table ? Pour Richard Carter, le remède est à la fois évident et réjouissant : manipuler des briques LEGO. Il assume pleinement son attachement à cette passion, qu’il revendique comme un vrai retour à la matière.
- « Construire un set de LEGO, ça me calme instantanément. »
- « J’apprécie ce temps où mes mains créent loin de tout ce qui est numérique. »
- « Dans mon espace pro, il y a toujours un bol de pièces : quand je sens la saturation, toucher quelques briques me fait décrocher juste assez pour mieux rebondir. »
- « Prendre le temps de s’investir pleinement dans quelque chose qui ne sert à rien d’autre qu’à se faire plaisir, ça change tout. »
- « Les gens s’imaginent le LEGO comme un loisir solitaire, mais c’est clairement faux : je fais partie d’un club d’adultes, les AFOLs, on s’organise des rencontres régulières, on expose nos créations, c’est hyper convivial. »
- « Avec un sachet de briques, on peut faire émerger toute une ville ou juste un vaisseau farfelu : tout est possible. »
02. Le tricotage et le crochet
Le tricot, loin d’être réservé à une poignée d’initiés, rassemble aujourd’hui des communautés étonnamment variées. Alicia Ramirez, web designer installée au Canada, est revenue à cette pratique après l’avoir boudée enfant. « Ma mère a essayé de m’y initier, mais j’ai rechigné. C’est bien plus tard que je m’y suis investie pour de bon et que j’ai compris l’attrait. »
Ce qui l’a séduite, c’est la liberté d’y revenir à tout moment, devant une série ou un podcast, et la possibilité de s’ouvrir à d’autres passionnés lors d’une soirée tricot hebdomadaire. À ses yeux, ce hobby active des mécanismes proches du design, car il implique sens de l’équilibre, construction de motifs et bien sûr, théorie des couleurs.
Mais le plus gratifiant pour elle reste la dimension concrète : « Après mes journées à faire des sites web, produire un objet réel à porter ou à offrir, c’est précieux. Les rencontres sont aussi un vrai levier. En freelance, je passe beaucoup de temps seule, ces réunions créent du lien. »
Pour quelqu’un qui démarre, elle conseille de choisir un projet court comme un carré ou un torchon. « Si vous vous lancez dans une écharpe, vous risquez de vous essouffler. Penchez plutôt pour une réalisation terminable rapidement, puis allez dans une boutique spécialisée : on y trouve souvent des cours et c’est le meilleur endroit pour discuter avec d’autres amateurs. »
L’univers des matières, des textures et des couleurs finit même par influencer ses projets web, comme un écho entre deux mondes créatifs.
03. Jouer d’un instrument
Pour sortir du tout-écran et surprendre son cerveau, Jason Pickthall, artiste conceptuel en freelance, mise sur la musique. « J’ai beaucoup dessiné par plaisir, mais dès qu’on en fait son métier, il faut un nouvel espace pour souffler. »
Il suit un cours de guitare tous les quinze jours et joue spontanément entre deux commandes. Ces moments sont pour lui un sas de redécouverte, une manière d’entretenir sa curiosité et d’échapper à la monotonie numérique. « On apprend à accepter de patauger, d’avoir mal aux doigts, à progresser sans pression. Prendre quelques leçons aide à bien partir, juste pour acquérir quelques bons réflexes. »
Le fait d’être débutant, de ne pas devoir briller, change tout : « C’est franchement libérateur de tâtonner sans enjeu. »
04. Apprendre à cuisiner
Essayer constamment la même poignée de recettes ou tenter l’inconnu ? Christian Harries, directeur créatif, s’est lancé un défi simple : s’ouvrir chaque semaine à deux plats jamais testés. « Abonnement à un service de paniers repas, exploration de livres : chaque nouvelle préparation est un prétexte à apprendre. Parfois, je pioche une page au hasard, même si je déroge en cas de redite. »
L’exigence de la perfection n’entre pas en ligne de compte. « Il m’arrive de ne pas toucher au plat tout de suite ou de finir sur des restes, mais rien n’enseigne mieux la cuisson que l’erreur de timing. La cuisine, ça s’apprend comme on apprend à designer, par essais et erreurs. »
Cette démarche rejaillit côté pro : il a gagné en patience, en capacité à remettre en question ses méthodes, et a appris que la solution n’est pas unique. Se concentrer sur le process plutôt que le résultat final lui semble décisif. « Il y a quelque chose de salvateur à se consacrer à une activité sans rapport avec soniteur quotidien habituel. On ne cuisine pas pour impressionner, mais pour s’offrir un autre rythme. »
Sa recommandation ? Apprendre les bases, s’attarder sur une version simple d’un plat, et ne pas se perdre dans la comparaison des recettes.
05. La photographie
Pour Shona Cutt, graphiste installée à Bath, la photographie a commencé en capturant l’énergie brute des petits concerts, compact numérique en poche. Cette passion s’est vite transformée, l’amenant à investir dans un reflex puis à suivre des groupes en tournée en Écosse.
Elle a vite compris que shooter sur scène, c’est anticiper mouvements et lumières difficiles. Ce qui la motive, c’est le défi de saisir non seulement une image, mais une ambiance, un feeling qu’on ne retrouve pas ailleurs. Au fil du temps, sa pratique photo l’a aidée à mieux composer ses images et à collaborer plus efficacement avec d’autres créatifs, même à distance.
Voici selon elle quelques points de départ utiles pour s’y mettre :
- Démarrer par des petits groupes locaux dans des bars ou des scènes ouvertes pour s’entraîner.
- Demander l’accord dans les petites salles : l’accès y est plus simple.
- S’éloigner parfois des concerts pour développer son œil en toute circonstance.
- Miser sur un objectif rapide plutôt que sur un appareil haut de gamme, la vraie différence vient souvent de là.
06. Peindre des figurines miniatures
Stewart Ainslie peint des figurines miniatures depuis l’enfance, mais c’est adulte qu’il a assumé et cultivé cette passion. À ses yeux, c’est la coupure idéale : concentration totale sur des détails minuscules, téléphone relégué hors de portée, et un rituel loin de toute distraction.
Ce qui l’attire ? La liberté d’inventer sans consigne : « Si j’ai envie de peindre un gobelin violet, personne ne me contredira. » Pour débuter, il suggère de modeler sa première figurine avec de la pâte à modeler, quelques outils simples : « Ce n’est pas cher, c’est abordable et c’est prodigieusement gratifiant de voir émerger un personnage de ses propres mains. »
07. Le jardinage
Mettre les mains dans la terre permet d’éteindre le mental, de faire le plein d’air frais, Craig Minchington, graphiste, l’a expérimenté après avoir emménagé dans une maison avec jardin. Planter, choisir les couleurs, associer les formes : il s’est vite approprié ce nouveau terrain d’expression, tout en laissant reposer l’esprit loin du digital.
Le jardinage a aussi agi comme un antidote pendant une période de grande fatigue : « Ça m’a vraiment permis de recentrer mes priorités. » Difficile de se tromper avec les plantes : les étiquettes expliquent tout, et même les essais ratés offrent une coupure bienvenue. « Au pire, ça ne pousse pas… mais c’est déjà une victoire d’avoir pris l’air et testé quelque chose. »
08. Le CGI art
Pour Mark Dearman, directeur de création à Bristol, la création d’images CGI est devenue l’espace idéal pour sortir des sentiers battus. Il a commencé à manipuler ces outils pour son travail, mais le vrai déclic s’est produit quand il les a utilisés sans contrainte, juste pour explorer.
Pour lui, programmer chaque jour une fenêtre, même courte, pour expérimenter, sur sa pause déjeuner ou en soirée, a complètement renouvelé son approche. Le cheminement importe autant que le résultat : « Aller au bout de ses idées, c’est là que les vraies trouvailles apparaissent. » Son compte Instagram lui sert de carnet de croquis numérique, dans lequel il revient puiser plus tard.
Peu importe la discipline, photo, illustration ou vidéo, ce focus régulier nourrit l’imagination bien au-delà des compétences techniques.
Bien sûr, la frustration s’invite parfois : l’apprentissage est rapide au début, puis le palier paraît immense. C’est la régularité qui change la donne : intégrer son loisir dans son quotidien pour ne pas l’abandonner.
Au final, qu’il s’agisse de LEGO sur la table basse, du chant d’une guitare ou de la magie d’une graine qu’on voit germer, ces échappées créatives font plus qu’occuper le temps libre : elles invitent à regarder différemment la routine du soir, et laissent toujours une place pour l’inattendu.

